N°: 1583

Gabriel Yacoub

Arachnée




© photo : Jef Rabillon


Gabriel Yacoub est né à paris en 1952, d'un père libanais (Kfarkidde) et d'une mère originaire du Loiret (Saint Benoît sur Loire).
Au début des années 70, en plein renouveau du folk en France, Gabriel, encore adolescent accompagne en tant que guitariste et choriste Alan Stivell au faîte de sa popularité.
Après un album expérimental, « Pierre de Grenoble », enregistré en 1973 avec Marie Yacoub, il fonde Malicorne.
Malicorne revisite le répertoire traditionnel francophone en évitant tout piège « folklorique », il en extrait des perles, parfois noires, qui contrastent avec l’inspiration quelquefois un brin « champêtre » mais bien plus souvent régionaliste et militante du folk français de l’époque. La musique, elle, se caractérise par des polyphonies envoûtantes dans leur étrangeté, l’utilisation du chant à cappella, des arrangements novateurs et inspirés qui font appel tout à fois à la technologie la plus pointue du moment et à des instruments rares, insolites ou oubliés. Malicorne apporte au paysage musical contemporain cette touche si particulière, brumeuse et magique qui en fera une référence pour beaucoup, et très certainement ce qu’on peut définir aujourd’hui comme un « groupe culte ». * (voir discographie)



Malicorne, 1974


A l’apogée de Malicorne, Gabriel entame une carrière solo, il s’engage dans une voie qui lui laisse libre cours à une expression plus personnelle, Elementary level of faith, sorti en 1986, est son premier disque d'auteur, suivront bien d’autres albums où il restera fidèle aux thèmes qui lui sont chers : les symboles, l’amour, la tradition, mais où il abordera également les problèmes et les aspects inquiétants d’une civilisation en pleine mutation tout en s’attachant avec force à la défense de l’artiste inspiré comme moderne chaman ou dernier oracle dans nos sociétés déracinées en voie d’uniformisation et de déshumanisation. * (voir discographie)

Outre la création musicale, Gabriel Yacoub écrit des textes et des poèmes et réalise une œuvre de plasticien au travers de ses " Boîtes", mélange hétéroclite et poétique d’éléments disparates à la forte charge émotionnelle et symbolique.



© photo : Pierre Terrasson



Interview :


Bonjour Gabriel :-)

De Malicorne au Gabriel Yacoub d'aujourd'hui, y a -t-il continuité? et si oui laquelle?

Je dirais sans modestie, puisque cette remarque n’est pas qualitative, que je considère mon travail, et ceci depuis le début et jusqu’à demain, comme un tout, une œuvre, avec des phases, des périodes, des envies différentes.
En 1985, mon passage du répertoire traditionnel avec Malicorne, à l’écriture correspondait à une envie, un besoin d’exprimer des valeurs ou des sentiments plus concrets, plus intimes.
Pour autant, je n’ai jamais abandonné ce merveilleux et mystérieux univers qui ne m’a jamais dévoilé tous ses secrets.

Malicorne avait une façon très particulière d'aborder les chant traditionnels, une tonalité souvent sombre, des polyphonies inusuelles et parfois presque inquiétantes, on était loin de l'esprit plutôt buccolique de l'époque, est ce que je me trompe?

Du tout ! Le choix de Malicorne se portait sur une partie de ce répertoire qui à la fois nous séduisait par son esthétique et comblait nos curiosités de légendes, de magie, de superstition.
Ces chansons (pas toutes) véhiculent des connaissances sacrées sous une forme hermétique, codée, qui depuis les temps païens jusqu’à aujourd’hui, expriment les mêmes symboles, le même rapport de l’homme avec le cosmos.
Un parfait exemple est cette magnifique chanson « Aux marches du palais », qui sous les apparences d’une chanson enfantine, dévoile toute une symbolique insoupçonnée.
A ce sujet, lire la passionnante exégèse du grand mythologiste Robert Graves dans « La Déesse Blanche ».

Cela correspond-il à ta vision du folklore?

Tout à fait ! Mais je préfère au terme « folklore », celui de « tradition ». Le folklore est une science, la tradition est là, comme l’air qu’on respire. Elle est intemporelle, appartient à tous ceux qu’elle touche.

N'est il pas un peu sorcier ce folklore?

Que si ! Sorcier de grande sorcellerie. Encore une fois, ceci vaut pour une partie du répertoire. Les autres étaient fonctionnelles, berceuses, chants de travail, chroniques, chants à danser.



Orobouros (mixed media) © photo : Jef Rabillon


N'est ce pas une vision que tu as également développée dans la série des "Boîtes" que tu exposes?

Oui, je traque les mêmes symboles dans les objets ou les images que j’utilise dans mes boîtes
Les objets de culte, de toutes croyances confondues, m’émeuvent.
Il est troublant de constater que, comme pour les légendes, les ballades, les superstitions, ces objets présentent de surprenantes similitudes quelque soit la région du globe d’où ils proviennent.



Custode hermétique (mixed media) © photo : Jef Rabillon


Peux tu développer pour nous cet aspect méconnu de ta création?

Il s’agit de boîtes hermétiques, dont une face est vitrée et où j’assemble des objets, des éléments disparates, en tentant d’exprimer une idée poétique et esthétique.



Les Anciens (mixed media) © photos : Jef Rabillon


Le groupe Malicorne continue d'influencer nombre de groupes aujourd'hui, est ce pour toi un hommage à la singularité de ce groupe ou bien le perçois tu parfois comme un pillage?

Bien au contraire, nous sommes heureux qu’après vingt cinq ans depuis la fin de Malicorne, certains s’en souviennent et que notre travail inspire des artistes aujourd’hui.

Que penses tu des déclinaisons contemporaines du folk?

Je n’ai pas d’opinion tranchée. Il y a du bon et du moins bon. J’apprécie le travail des artistes qui se servent de la musique traditionnel comme d’une inspiration, un moteur de création pour aller plus loin, pour inventer.

Que penses tu de la world music?

Cette étiquette commerciale est un fourre-tout où on y met ce qu’on veut. Je ne l’aime pas.
Quand il s’agit de métissage artificiel, je le trouve rarement réussi. En mélangeant toutes les couleurs, on obtient du gris !
Je ne parle pas de « pureté » des genres, mais quand des musiciens de cultures différentes se rencontrent et ont l’envie de jouer ensemble, cela se passe le plus simplement du monde, et là ça marche.

Tu dis te considérer comme un chanteur de variétés qui utiliserait des instruments traditionnels, que veux tu dire par là? A priori, cela n'a rien de commun avec la production à laquelle les media nous habituent?

C ‘est bien là la question ! Ce sont eux qui ont une vision étroite du terme « variété » . Il est évident qu’ils ne laissent pas la place à tout le monde et considèrent qu’ils savent ce qui va plaire au public.
Dommage !

Aujourd'hui, tes chansons sont plus personnelles, le répertoire traditionnel ne suffisait-il plus à ton expression?

Je pense avoir déjà répondu à la question. Je suis heureux d’avoir plusieurs couleurs à ma palette et ne serais pas bien malin si je me privais de l’une ou de l’autre.

Quel est l'actualité de Gabriel Yacoub?

C’est surtout le label que j’ai créé : LE ROSEAU. Ceci demande beaucoup de travail, mais il est très gratifiant. Le ROSEAU me permet de produire des artistes que j’aime, comme LA BERGERE, EMMANUEL PARISELLE, HUGHES DE COURSON, mais aussi des jeunes artistes dont c’est le premier album.
Le label réédite aussi les albums historiques de MALICORNE.
Sinon, un nouvel album…

Si l'on visitait ta bibliothèque imaginaire, ton musée idéal ou ta cédétèque de rêve, quels trésors y trouverait-on?

Du blues, plein de blues, du vieux du Mississipi, de la musique baroque, Antony and the Johnsons, les Beatles, tout Seignolle en vrac, le Manuel de Folklore Français Contemporain en cinq volumes d’Arnold Van Gennep et le Dictionnaire Infernal de Colin de Plancy.

Pour finir, quelques mots, un aphorisme ou une citation qui te soit chère…
Bleu (clair).

Merci Gabriel :-)

J’espère que ça te conviendra.
Bien à toi.
Gabriel

Propos recueillis par Arachnée le 5 Septembre 2005




© photo : Gilles Cappé



Discographie :


Gabriel et Marie Yacoub :

Pierre de Grenoble, Le Roseau / Griffe / Sony – Bmg


Malicorne :

Malicorne 1, Hexagone / Griffe / Sony – Bmg
Malicorne 2, Hexagone / Griffe / Sony – Bmg
Almanach, Hexagone / Griffe / Sony – Bmg
Malicorne 4, Hexagone / Griffe / Sony – Bmg
Quintessence, Hexagone / Griffe / Sony – Bmg
L’Extraordinaire tour de France d’Adélard Rousseau, dit Nivernais la clef des cœurs, compagnon, charpentier du Devoir, Le Roseau / Griffe / Sony – Bmg
En public, Le Roseau / Griffe / Sony – Bmg
Le Bestiaire, Le Roseau / Griffe / Sony – Bmg
Balançoire en feu, Le Roseau / Griffe / Sony – Bmg
Les Cathédrales de l’industrie, Celluloïd / Mélodie
Vox, Le Roseau / Griffe / Sony – Bmg
Légende, Le Roseau / Harmonia Mundi
Marie de Malicorne, Le Roseau / Harmonia Mundi (Sortie le 29 septembre 2005)




Gabriel Yacoub :

Trad. Arr., Celluloïd / Mélodie
Elementary level of faith, Celluloïd / Mélodie
Bel, Celluloïd / Mélodie
Quatre, Celluloïd / Mélodie
Babel, Celluloïd / Mélodie
Tri, Celluloïd / Mélodie (compilation)
:Yacoub :, Celluloïd / Mélodie
The Simple things we said, sorti aux Etats-Unis chez Simple, distribué par CD Roots
Je vois venir, double album live, Roseau / Harmonia Mundi




Bibliographie :

Les Choses les plus simples, Ed. Christian Pirot / Harmonia Mundi



Pour en savoir plus :

Le Site officiel de Gabriel Yacoub

Ethnotempos : Gabriel Yacoub, du Prince d'Orange aux mots d'un Archange

Le Site de Frédéric Gerchambeau

Le Site De Bruno Cornen



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